Les émotions et la Validation en gériatrie


Causeries psychomot' / 29 mars 2019

Nos émotions nous traversent avec plus ou moins d’intensité et nous sommes amenés à les temporiser et les contrôler. Il s’agit de la régulation émotionnelle, c’est une capacité qui se développe en grandissant.
Puis, il y a les accidents, les maladies et là patatras toute cette belle régulation émotionnelle, la connaissance et reconnaissance de nos émotions qui permettent de verbaliser nos états émotionnels et de prendre du recul, tout ça s’effondre comme un château de cartes ou dysfonctionnent.


Les pathologies neurodégénératives dont sont atteints mes patients impactent à différents degrés (selon les patho et le stade) leur régulation émotionnelle. Et en même temps, les émotions permettent de faire resurgir des souvenirs et donc de mobiliser cette mémoire qui leur fait tant défaut.
Pour utiliser les émotions comme réactivateurs mnésiques, j’utilise la musique, les odeurs, les photos, les massages ou le toucher thérapeutique.
Et puis, il y a les émotions envahissantes qui les font tourner en boucle sur des sujets ou qui créent des comportements inappropriés (on peut parfois se demander inapproprié à quoi ou à qui …). Dans ces cas-là, on peut tenter la diversion ou si ça ne marche pas, on reprend son souffle et on essaie la Validation.
La Validation est un concept mis au point par l’américaine Naomi Feil. Ce sont des techniques de communication appliquées aux patients atteints de maladies neurodégénératives. Naomi Feil parle de 14 techniques. La Validation part du principe qu’un comportement n’a pas lieu par hasard et qu’il y a une raison à cela (une fois les causes organiques et fonctionnelles écartées). Elle permet à grand renfort d’écoute et d’empathie d’apaiser et d’augmenter l’estime de soi du patient ce qui lui permet de gérer ses émotions trop envahissantes et de diminuer les comportements perturbateurs. Ce concept n’a au fond rien de révolutionnaire. Personnellement, j’utilisais une bonne partie des techniques sans savoir que ça avait été conceptualisé. La Validation se base la notion de régression et Naomi Feil fonde son concept sur la théorie d’Erick Erickson. Pour finir, avec cette lacunaire présentation de la Validation, je dirais que c’est une méthode intéressante à connaître mais qui ne s’applique pas à tout le monde et qui n’est bien sûr pas miraculeuse mais qui peut débloquer certaines situations au moins temporairement. Il faut également être très vigilant avec le fait de valider la personne malade « là où elle en est elle » en cas de délire car il ne s’agit pas de rentrer dans son délire.

Allez petites vignettes cliniques pour vous éclairer :

Prenons Madame Souris qui est une grande anxieuse. Depuis quelques temps la maladie avançant, il lui est impossible de maîtriser cette angoissante latente. Une personne à ramener des courses à Madame Souris qui continue de faire un peu de cuisine mais plus ses courses. Elle se rue sur le sac de courses en marmonnant que rien ne va, les légumes ne sont pas comme elle les aurait choisis, ça n’ira pas, c’est catastrophique. Monsieur Souris qui est épuisée de ce comportement anxieux, tente de la raisonner en lui disant de laisser tomber, que ce n’est pas grave, ce qui n’apaise en rien Madame Souris toujours affolée le nez dans son sac de courses. Pour l’aider, plutôt que de tenter de banaliser la situation et de lui demander d’en faire abstraction ce qu’elle n’est plus capable de faire, il serait intéressant d’essayer de valider son ressenti, en lui disant qu’en effet c’est elle l’experte de la popote donc c’est important qu’elle vérifie et inspecte bien tout le sac pour changer les consignes aux prochaines courses (d’ici là l’angoisse sera retombée et l’épisode oublié).

J’ai aussi rencontré Madame Louve. Un beau refus de soins, on frôlait l’agressivité et malgré toute ma patience et ma bienveillance activée à son maximum, j’étais à deux doigts de jeter l’éponge et rentrer au bureau sans proposer un nouveau rendez-vous. Du coup, j’ai sorti mon dernier joker, je lui ai proposé de s’assoir, elle me parlait en boucle de ses enfants et du fait qu’elle était sévère pour leur éducation. J’ai fini par lui dire qu’elle me paraissait être une maman aimante et une bonne mère qui visiblement a toujours voulu le meilleur pour ses enfants qui grâce à ça ont pu commencer leur vie d’adulte avec de solides bases. Suite à ça, elle s’est radoucie, elle m’a raconté son métier qu’elle adorait mais qu’elle a dû arrêter pour élever ses enfants, les activités physiques qu’elle aurait voulues faire enfant mais qui lui étaient défendues, la solitude de son enfance, l’envie qu’elle avait de vivre en haute montagne. Bref, elle a pu exprimer tous ses regrets de cette vie passée qui bouillonnent à l’intérieur d’elle et qui la mettent en colère sans qu’elle puisse les contrôler. Et en prime, j’ai obtenu un nouveau rendez-vous !

Sur l’image, j’ai mis le bouquin sur la Validation ainsi que mes Hippomotions, des petites figurines que j’ai créées pour découvrir ou travailler sur les émotions que vous retrouvez ici : http://lechatquijoue.fr/les-hippomotions

Post écrit à l’occasion d’un #instantpsychomot sur Instagram qui est un challenge dont le thème se renouvelle de façon hebdomadaire lancé aux psychomotriciens par Miss Psychomot (https://www.misspsychomot.com/).

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